Grèves en cuir et acier

Portrait de ract

Je vous propose ici des techniques qui permettent d’élaborer ici des grèves en acier avec une décoration en cuir, l’intérêt est de pouvoir appliquer ces méthodes pour d’autres pièces d’armures (canons d’avant-bras, cuissots…). Le but est aussi de créer absolument tout de A à Z, et donc boucles comprises.

J’ai voulu ces grèves volontairement assez rustiques et simples, on peut bien sûr réaliser de magnifiqes repoussages ou teintures sur le cuir, des gravures au dremel sur l’acier, ou encore que sais-je, des rivets à profusion !

Matériel & matériaux nécessaires

Pour les grèves

  • Papier / carton pour les patrons
  • Tôle d’acier (1mm pour moi)
  • Outils pour travailler l’acier : de quoi découper, poncer, tracer… (Voir Les bases de la forge à froid)
  • Marteaux et Tas à former (Voir encore Les bases de la forge à froid)
  • Cuir peu épais (souple et pas cher pour moi)
  • Outils pour travailler le cuir : Cutter, alènes, fil de lin, aiguilles… (voir la Bible du Cuir)
  • Clou ou rivets à tête plate pour fixer les sangles.

Pour les boucles

  • Du fil d’acier (Diamètre environ 2,8mm), un vieux cintre dénudé chez moi.
  • Des clous en acier (Diamètre environ 2,5mm et longueur environ 40mm)
  • Un étau et un jeu de pinces

I - Les patrons

Comme vous le savez bien sur, on commence toute réalisation par l’élaboration des patrons : la pièce sera ainsi bien ajustée et conforme à l’idée de départ.

Pour la partie métal, les grèves sont inspirées du patron donné dans le Arardor's Basic Armouring.
Il faut modifier les formes pour coller à sa propre morphologie et à ce que l’on veut obtenir. Personnellement, j’ai agrandie la forme et allongé les avancées sur la malléole. (Voir patrons)

La partie cuir doit quant à elle recouvrir partiellement l’acier pour pouvoir y être fixée mais aussi dépasser pour protéger les bords de l’acier. J’ai donc repris le patron de la plaque d’acier auquel j’ai ajouté puis enlevé quelques centimètres.

Les décorations en cuir sont inspirées des jambières d’Eomer dans le SDA ainsi que des motifs présents sur le site de Tiksam : http://ganather.free.fr/costumes/pour_les_bricoleurs/

II - La partie forge

BIEN ENTENDU, IL FAUT SE PROTEGER POUR TRAVAILLER L’ACIER !
PORTEZ DES GANTS, UN MASQUE, DES LUNETTES AINSI QU’UN CASQUE ANTI-BRUIT !

On a souvent du mal à appliquer en vrai des explications écrites et c’est particulièrement le cas pour la forge. J’ai donc préféré beaucoup d’images à de trop longues explications.

1. On commence par reporter le patron sur la tôle puis on découpe, j’utilise une scie sauteuse. Il faut bien fixer la tôle avec des serre-joints avant la découpe : voir la FT de Tiksam ! Ne pas oublier d’adoucir les arrêtes de la plaque d’acier avant de commencer le moindre travail de mise en forme.

2. Il faut maintenant donner la forme grossière à la grève. J’utilise un rondin de bois coincé dans un établi. Le début de la mise en forme peut se faire à la main avec des gants, on plie la tôle pour donner un premier arrondi.

Pour avoir une forme un peu plus subtile, notamment le galbe au niveau du muscle, on commence à rétrécir vers le milieu de la grève en frappant avec un maillet en bois (pour éviter de marquer la tôle).

La grève doit approximativement avoir cette forme là pour l’instant. Si vous ne vous sentez pas l’âme d’un forgeron, vous pouvez arrêter là. Les grèves ont une forme qui permet d’être portées mais les courbes ne sont pas très précises.

3. J’ai fait la mise en forme du galbe (bombé) au niveau du muscle avec un tas à former et un marteau à tête ronde. Il est nécessaire d’avoir un minimum de bombé mais il ne faut pas s’acharner : il n’y a qu’à voir la forme d’un mollet pour se rendre compte qu’une courbe trop importante sera inconfortable à porter.

Il faut marteler approximativement dans la zone marquée sur la photo de chaque côté. Pour le début du martelage, on peut utiliser le bord du creux du tas à former pour démarrer avec un bombé léger, sans faire de gros creux et bosses qui seront long à rattraper. A la fin de cette étape les grèves sont dans un sale état mais c’est normal !

4. La phase suivante est le planage : on peut utiliser une enclume en boule, une boule de pétanque soudée… J’utilise sur la photo la tête du maillet en bois serrée dans l’établi et soutenue par en dessous par une planche (système D !). Cette phase consiste à frapper avec un marteau plat (ou légèrement bombé) sur l’extérieur de la partie que l’on vient d’emboutir, la pièce à planer est posée sur une forme bombée à l’intérieur. Cela permet de gommer les irrégularités (petits creux et bosses) dus aux coups de marteau.
Sur la photo je ne tiens pas la grève (faut tenir l’appareil !) mais bien entendu, on tient fermement le métal de la main gauche avec un gant lors de cette opération, il faut déplacer le métal pour que le bombé de la grève soit toujours en contact avec la forme de dessous.

Il faut passer un certain temps sur cette phase pour limiter le travail de ponçage et pour avoir une surface assez lisse au final. Il faut faire des essayages au fur à mesure pour réduire le bombé ou changer légèrement la forme de la grève afin que celle-ci soit ajustée.

5. Ce n’est pas indispensable car la zone est normalement protégée par le cuir, mais on peut adoucir le bas de la grève (au niveau du coup de pied) pour ne pas blesser au cas où elle glisserait sur la jambe. Il faut frapper depuis l’intérieur comme sur la photo.

La mise en forme est finie, on procède aux derniers ajustements (s’assurer par exemple que la grève posée à plat n’est pas bancale, ce qui montrerait l’asymétrie) et les grèves sont prêtes à être poncées.

6. Sur la photo, les 2 étapes de ponçage. J’utilise des disques abrasifs montés sur une perceuse fixe, ça fonctionne assez bien. Je prends des grains de 80 et 120, mais on peut pousser le polissage davantage. Je passe un coup de scotch brite sous un filet d’eau et savon pour nettoyer et pour avoir un rendu de polissage moins « machine ».

La looongue partie de forge est finie !

III - Les boucles

Si vous n’avez pas envie d’acheter des boucles du commerce, que vous n’en avez pas sous la main ou comme moi, que vous avez envie de bricoler, on peut faire ses boucles maisons !

J’utilise un cintre dénudé soit un fil d’acier d’environ 2,8mm de diamètre pour le cadre (mais un autre fil ferait l'affaire) et un clou de 2,5mm de diamètre pour l’ardillon.

Sur le fil de fer de 2,8mm de diamètre, on réalise les marques comme sur le dessin pour une boucle correspondant à une sangle de 2cm de largeur.
Ensuite, on serre au niveau d’une marque le fil dans un étau et on pli à 90° avec un marteau. On répète pour chaque marque et on fini par former un rectangle.

Un petit coup de marteau sur une enclume pour aplatir un peu la section du fil, un petit coup de toile émeri et le cadre est prêt.

Pour l’ardillon, j’ai utilisé un clou de 2,5mm de diamètre dont je coupe la tête et que j’aplati sur une enclume. On donne un coup de lime de chaque côté pour égaliser.

La partie la plus délicate est d’enrouler le clou autour du cadre. J’utilise pour ça un jeu de pince, il faut essayer de former d’abord un crochet avec l’extrémité du clou, puis on le pose sur le cadre et on essaie de refermer.

Il n’y a plus qu’à monter la boucle sur une sangle en cuir et d’en réaliser 3 autres :p !

IV - Partie cuir et finitions

1. Pour fixer les sangles aux grèves, j’ai utilisé des clous à tête plate (2mm de diamètre) recoupés pour avoir juste quelques mm.
J’ai placé les sangles et donc percé les trous à deux niveaux :

  • Le premier tout en haut de la grève, la sangle viendra au dessus du muscle.
  • Le deuxième au niveau ou la jambe et la plus mince pour éviter (en théorie) que la sangle glisse vers la cheville)

J’ai maté les clous pour qu’il dépasse au minimum et qu’ils soient cachés par le cuir donc assez proche du bord de la tôle. 

Après utilisation, je conseille d'ajouter une rondelle côté cuir avant de mater le clou pour éviter que la sangle ne parte...

2. J’ai utilisé du cuir souple pas cher donc ce n’est pas top, mais ça fait l’affaire.
On peut faire des économies de cuir en limitant les chutes. Il faut reporter des portions du patron que l’on découpe séparément puis les coudre : ça fait pas mal de travail en plus mais les coutures peuvent être esthétiques (en plus de l’économie de cuir).

Il ne reste plus qu’à coller (ou riveter si le motif est plus simple) le cuir sur le métal. J’ai utilisé une simple colle multi-matériaux pour ça.
Cette étape n’est pas si facile car il faut passer du cuir en 2D à la forme de la grève en 3D, bref il faut bien prendre sont temps et ne pas hésiter à marquer au crayon le métal pour positionner correctement le cuir.

3. Pour finir, j’ai placé des morceaux de cuir au niveau des bords qui pourraient frotter, à l’intérieur. C'est-à-dire sur les malléoles, le coup de pied, et le haut de la grève.
On peut les porter avec un bout de tapis de sol pour qu’elles tiennent mieux aux jambes en attendant de se faire des chausses gamboisées !

Les patrons utilisés (Cuir puis métal)